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Stéphane Troussel : "Le combat pour l'égalité n'est jamais achevé"

Autonomie
Selon Stéphane Troussel, président de Seine-Saint-Denis, le département connaît le plus faible taux d'équipement médico-social de la métropole.
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Stéphane Troussel, président du département de la Seine-Saint-Denis qui accueillera la Conférence nationale du handicap, appelle l'État à « changer de braquet ». Malgré le report de la manifestation à la rentrée 2026, il revient sur ses enjeux et les cinq mesures d'urgence qu'il défend.
Dans un plaidoyer cosigné avec 27 acteurs associatifs du territoire, le président de Seine-Saint-Denis alerte sur un déficit historique. Avec le plus faible taux d'équipement médico-social de la métropole, le département cumule les records, alors que plus de 7 000 enfants et 3 500 adultes attendent une solution adaptée.
ASH : Vous aviez évalué les besoins à 5 000 solutions nouvelles, pour un investissement de 204 millions d'euros, mais seuls 37,1 ont été mobilisés. Qu'attendez-vous de cet événement ?
Stéphane Troussel : Je n'ai pas d'illusion. Cette conférence ne va pas, d'un coup de baguette magique, régler tous nos problèmes. Notre département porte une ambition forte dans le champ du handicap : nous l'avons notamment démontré en faisant passer les délais d'instruction de 18 à 24 mois à moins de quatre, nous situant désormais sous les délais légaux, aussi bien pour les enfants que pour les adultes. Nous sommes également prêts à mobiliser nos propres investissements pour accompagner l'agence régionale de santé (ARS) dans la création de nouvelles places.
Mais il va falloir que la puissance publique, l'État en l'occurrence, fasse pleinement sa part, comme nous sommes prêts à faire la nôtre.
7 000 enfants sont en attente de solution. Quelles sont les conséquences les plus préoccupantes de cette pénurie ?
Ce qui me frappe avant tout, c'est la perte de chance. Des enfants n'ont tout simplement pas les mêmes possibilités qu'ailleurs d'être accompagnés, d'avoir un parcours individualisé adapté à leurs besoins. Ce qui est totalement inacceptable.
Cette situation fragilise aussi les professionnels. Ils sont en souffrance parce qu'ils savent qu'ils ne peuvent pas apporter la prise en charge qu'ils souhaiteraient. Et cela alimente aussi la crise d'attractivité des métiers. Quand, entre deux territoires, vous choisissez celui où les modalités d'accompagnement sont les plus solides, forcément les territoires les plus en difficulté peinent davantage à recruter. Au-delà même des conséquences financières pour le département, c'est l'ensemble de l'action publique qui est fragilisé.
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Vous montrez également que les dépenses de PCH ont augmenté de 60 % entre 2020 et 2024. Comment l'analysez-vous ?
On est à la fois face à un retard historique d'équipement, mais aussi à un transfert progressif de la solidarité nationale vers les départements. Quand il n'y a pas de place en établissement, nous finançons des prestations compensatoires du handicap (PCH) de 24 heures sur 24 à domicile. C'est l'effet mécanique de l'absence de solution.
On ne peut pas laisser les départements absorber seuls les conséquences financières d'un déficit d'offre qui relève pourtant de la solidarité nationale.
À propos de la PCH, des évolutions ont stabilisé une situation historiquement défavorable, mais elles ne l'ont pas corrigée. Aujourd'hui, l'État ne compense que 23 % des dépenses en Seine-Saint-Denis, contre 36 % en moyenne nationale. Si nous étions simplement au niveau de cette moyenne, cela représenterait près de 30 millions d'euros supplémentaires. Avec cette somme, nous pourrions accélérer la création de places avec l'ARS.
Vous défendez cinq mesures d'urgence. Lesquelles souhaitez-vous voir aboutir en priorité ?
Je ne peux les hiérarchiser parce que la situation est telle qu'il faut agir sur tous les fronts. Nous demandons d'abord de financer trois projets : des places en IME (institut médico-éducatif), en Sessad (service d'éducation spéciale et de soins à domicile) et en internat pour des enfants présentant des troubles du neurodéveloppement ou des troubles du spectre de l'autisme. Ce sont des projets immédiatement activables, mais pas retenus faute de moyens.
Nous demandons également une augmentation d'au moins 50 % des capacités d'accompagnement des situations complexes, parce qu'aujourd'hui certains dispositifs affichent des délais d'attente de 18 à 24 mois. Nous proposons aussi de créer rapidement des solutions pour les personnes handicapées vieillissantes, de plus en plus nombreuses et dont les parents vieillissent eux aussi.
À cela s'ajoute une demande de justice territoriale dans la répartition des financements, notamment sur la PCH, ainsi que la reconnaissance des droits des enfants en situation de handicap dont les parents sont en situation administrative irrégulière.
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Vous parlez de « discrimination territoriale ». Pourquoi cette expression ?
Parce que c'est un état de fait. Il n'y a pas une volonté cachée de discriminer la Seine-Saint-Denis, mais il existe un retard qui continue de produire ses effets. Nous sommes encore l'un des départements qui orientent le plus de personnes vers la Belgique, faute de solutions de proximité.
Si nous voulons rattraper ce retard, nous ne pouvons pas continuer à répartir les financements avec une simple règle de trois. Si on croit à la justice et à l'égalité, alors il faut donner plus à ceux qui en ont le plus besoin.
Vingt ans après la loi de 2005, pourquoi la politique du handicap reste-t-elle, selon vous, le parent pauvre des politiques publiques ?
La loi de 2005 a constitué une avancée majeure. Mais vingt ans plus tard, on ne peut pas dire que nous ayons énormément progressé. On proclame « liberté, égalité, fraternité », mais, dans les faits, les inégalités ont plutôt eu, au contraire, tendance à augmenter ces dernières années.
Le handicap en est une illustration. Nous avons organisé les Jeux paralympiques, mais sans la mobilisation du département il n'y aurait même pas eu le Prisme (équipement sportif et parasportif situé à Bobigny, ndlr). Cela dit quelque chose du décalage entre les ambitions affichées et les moyens réellement consacrés.
Et demain, la question du vieillissement des personnes en situation de handicap va encore amplifier ces difficultés. C'est pourquoi je considère que ce combat pour l'égalité et pour la justice n'est jamais achevé.
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