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"Nous ne sommes pas dans la co-construction d’une véritable politique du handicap" (Arnaud de Broca)

Autonomie
"Le handicap n'est pas qu'une affaire individuelle, il est un vrai problème de société. Nous ne pouvons-nous contenter d'un catalogue de mesures sans changements et moyens concrets", Arnaud de Broca, président de Collectif handicaps.
Crédit photo Erwann Le Gars
Vingt ans après la loi du 11 février 2005 sur le handicap, le Comité interministériel du handicap (CIH), qui s'est réuni le 6 mars 2025 sous la présidence du Premier ministre, n’a pas convaincu les associations. Le Collectif handicaps, par la voix de son président Arnaud de Broca, dénonce « le manque de volonté politique et l'absence de rupture dans les mesures prises ».
Retards dans l’accessibilité, aides financières et humaines insuffisantes, parcours semé d’embûches pour l’insertion professionnelle, services publics encore inadaptés... le constat est amer pour Arnaud de Broca : « Malgré des engagements réguliers des gouvernements successifs, l'accessibilité, l'accompagnement et l'inclusion des personnes en situation de handicap restent largement insuffisants. »
ASH : Dans votre dernier communiqué, vous soulignez l'absence de rupture dans la politique actuelle du handicap…
Arnaud de Broca : En effet, nous attendions beaucoup de ce 20e anniversaire, qui était l'occasion de dresser un bilan et d'impulser une nouvelle dynamique. Malheureusement, nous constatons que, sur l'ensemble des champs de la vie quotidienne, aucun objectif de la loi de 2005 n'a été pleinement atteint. Nous sommes très loin d'une société accessible et inclusive. Ce comité, censé coordonner et évaluer les politiques du handicap, présente pourtant un bilan décevant. Résultat, alors que nous espérions des annonces fortes, les personnes en situation de handicap doivent encore se contenter d'effets d'annonces et de nouveaux groupes de travail. Plutôt qu’un tournant décisif, nous avons assisté à une simple répétition de promesses, sans engagements concrets ni moyens supplémentaires.
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Vous mentionnez l'accessibilité numérique comme un exemple criant d'inaction. Pourquoi vous être concentré sur ce point ?
C'est un des pires exemples. En 2020, seuls 3 % des démarches administratives essentielles étaient accessibles aux personnes en situation de handicap. En 2021, le gouvernement s'engageait à atteindre 100 % d'ici à fin 2025. Or, dernièrement, le Premier ministre a annoncé un nouvel objectif réduit à 50 %. Non seulement les engagements initiaux ne sont pas respectés, mais on assiste à une régression des ambitions. Ce qui manque cruellement, c'est une vision politique et des moyens concrets pour réaliser ces objectifs.
Avez-vous le sentiment que les recommandations de votre collectif sont prises en compte par le gouvernement ?
Malheureusement, pas suffisamment. Nous avons des échanges avec la ministre chargée des personnes handicapées et certains membres de l'exécutif, mais nous ne sommes pas impliqués dans une vraie co-construction des politiques publiques. On nous présente des mesures déjà décidées, sans véritable discussion préalable. Comme celle sur le remboursement des fauteuils roulants que nous accueillons bien sûr favorablement. Mais comment sera-t-il financé ? Nous ne sommes pas suffisamment associés à la décision politique. Alors que le handicap reste une source de discrimination importante, si ce n’est la première.
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Parmi les 200 propositions du Collectif, lesquelles vous semblent prioritaires ?
Il y en a plusieurs :
- Sanctions à l'encontre des établissements sur l'accessibilité. Il faut arrêter de considérer qu'il est acceptable de ne pas appliquer la loi.
- Amélioration de la compensation du handicap. Actuellement, l'accès aux aides techniques et humaines reste complexe et coûteux.
- Création d’un revenu minimum d’existence au moins égal au seuil de pauvreté.
- Réforme des MDPH (maisons départementales des personnes handicapées). Leur rôle devrait être recentré sur l'accompagnement des personnes, et non réduit à une logique purement administrative.
- Meilleure insertion professionnelle et maintien dans l'emploi. Aujourd'hui, 130 000 personnes sont licenciées chaque année en raison de leur handicap. C'est inacceptable.
- Inclusivité scolaire. Garantir l’école pour toutes et tous en rendant accessible à tous les types de handicap l’environnement éducatif : bâti scolaire, ressources, méthodes et contenus pédagogiques, outils numériques, transports scolaires, espaces périscolaires, etc.
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Pourquoi le handicap ne semble-t-il jamais devenir une priorité politique ?
Parce que la question du handicap est souvent considérée comme une variable d'ajustement budgétaire, et non comme un enjeu de société. De plus, les responsabilités sont dispersées entre l'État, les régions, les départements et les communes, ce qui freine toute action coordonnée. Nous devons aussi faire comprendre que l'accessibilité et l'inclusion ne concernent pas seulement les personnes en situation de handicap, mais toute la société. Une ville accessible, c'est une ville plus facile à vivre pour tout le monde.
Quels sont les prochains rendez-vous du Collectif ?
Nous continuons notre travail de suivi et d'interpellation du gouvernement. Un prochain CIH est prévu dans six mois, et nous espérons qu'il apportera enfin des réponses concrètes et concertées. Nous demandons le suivi et pilotage des mesures annoncées : rien ne sert de faire de nouvelles annonces, si les précédentes ne sont ni appliquées, ni évaluées.
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