Vous êtes ici
La feuille de route de Camille Galliard-Minier, "pas une question de moyens, sinon d'organisation"

Autonomie
Camille Galliard-Minier est ministre de l'Autonomie et des personnes handicapées depuis le 26 février 2026.
Crédit photo NurPhoto via AFP
1 cap, 3 principes et 8 thèmes à décliner. C’est la feuille de route présentée par la ministre déléguée chargée de l’autonomie et des personnes handicapées devant la commission des affaires sociales du Sénat. Des annonces - la plupart du temps peu concrètes - qui n’ont pas semblé convaincre les parlementaires.
Cette formule, prononcée dans les premières minutes de la prise de parole de Camille Galliard-Minier, nouvelle ministre de l’autonomie et des personnes handicapées, rappelle que nous sommes bien dans une année pré-électorale : « Ce n’est pas une question de moyens, c’est une question d’organisation ». Une phrase qui passe mal quand il s’agit d'évoquer les principaux chantiers à venir dans les champs du handicap et de la dépendance. Le tout dans un contexte de crise durable d'attractivité des métiers du médico-social.
Continuité des réformes
Pour sa feuille de route, la ministre a ainsi annoncé « un seul cap pour deux champs », celui du handicap et du vieillissement, qui s’articulera autour de trois principes : l'autodétermination, la fluidité des parcours, et une « méthode ancrée dans le réel ». Pour le premier point Camille Galliard-Minier a affirmé : « Ne plus penser en matière de Gire, de degré de handicap et de dépendance, car ceux-ci mesurent ce que la personne ne peut pas faire, jamais ce qu’elle peut ou veut faire. »
>>> A lire aussi : AESH : la bataille pour une école réellement inclusive
Concernant l’objectif de continuité des parcours, elle a surtout insisté sur les réformes déjà entamées : celle de la transformation l'offre en plateformes de services coordonnés, des services d’aide et de soins à domicile, les centres de ressources territoriaux (dont 500 sont prévus d’ici 2030) ou encore le service départemental d’autonomie. Enfin, au sujet de la méthode, l’ancienne députée a promis de s’appuyer « sur ce qui marche localement, de le valider et de le faire essaimer à l’échelle nationale ».
Quelques annonces chiffrées…
Et de marteler : « L'époque des ESMS fermés sur eux-mêmes est révolue. » À l'échelle scolaire, cela doit s’incarner à travers les fameux pôles d’appui à la scolarité. D’après la ministre, ceux-ci sont aujourd’hui 500, intervenant auprès de 4600 enfants, et doivent être généralisés. D’ici 2027, tous les établissements médico-sociaux pour enfants devront par ailleurs fonctionner en offre de service coordonnée pour éliminer les ruptures à l'entrée et à la sortie du dispositif. Annoncé par le président de la République lors de la Conférence nationale du handicap du 26 avril 2023, le plan « 50 000 solutions » aurait déjà produit « 17 500 solutions et court jusqu’en 2030 », assure la ministre.
Autre annonce : la loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS 2026) prévoit la création de 10 000 places dans l’habitat partagé.
Et beaucoup de réponses en suspens
Promis depuis 2022, annoncé pour début 2026, le plan grand âge n’a cessé d’être reporté et demeure aujourd'hui sans calendrier précis depuis le départ de la ministre déléguée à l'Autonomie, Charlotte Parmentier-Lecocq, en février 2026. Sur ce point, la ministre actuelle n’a d’ailleurs pas pu donner de réponse aux nombreuses questions et attentes des parlementaires, certains évoquant une « bombe à retardement ».
>>> A lire également : Maëlig Le Bayon : "Difficile d'imaginer une prise en charge à 100 % de l'APA sans augmentation de la fiscalité"
La ministre déléguée n’a pas convaincu non plus lorsqu’elle a déclaré que le décret permettant le cumul de l'Allocation adulte handicapé (AAH) avec une indemnité d'élu allait être publié « dans les prochaines semaines ». La sénatrice (LR) Marie-Pierre Richer rappelant avec amertume : « C’est ce qu’on entend depuis des mois, puisque ça devait être fait avant les élections municipales. »
Ce fut ensuite l’un des principaux points d’achoppement des échanges : la question des délais de traitement au sein des Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH). « Aucun département ne répond aujourd’hui au délai réglementaire des 4 mois », s’est agacée la sénatrice (PC) Céline Brulin. Or face à l’embolie des services, la ministre s’est à nouveau contentée d’annonces de simplification : élaboration d’un système d’information national, simplification du formulaire. Rien, en revanche, sur les ressources humaines et le nombre de postes réduits chaque année au sein des MDPH.
“Les aides à domicile peuvent compter sur moi”
Alors que le 19 mars 2026, le ministère de la Santé s’est à nouveau déclare contre une augmentation des rémunérations dans la branche de l'aide, de l'accompagnement, des soins et des services à domicile, la ministre déléguée à l’autonomie a cherché à défendre sa chapelle, déclarant que « l'attractivité n’est pas seulement liée à la rémunération mais aussi à la formation ». Elle évoque tour à tour les 4 milliards d’euro par an pour le secteur médico-social et les « les 50 millions d’euros délégués aux ARS pour améliorer les conditions d'exercice » ...
« J’ai rencontré les aides à domicile, je sais que leur travail est indispensable. Elles peuvent compter sur moi », a répété Camille Galliard-Minier. Loin de convaincre la plupart des élus qui ont voulu revenir sur l’avenant 72. « Ce discours, ça fait cinq ans qu’on l’entend. Nous souhaitons désormais passer aux travaux pratiques », a insisté la sénatrice écologiste Raymonde Poncet-Monge. Car le choc d'attractivité, assure-t-elle, passe bien « d’abord par la rémunération. » La ministre a finalement assuré : « On est en discussion avec les départements et attendons la présentation d’un nouvel avenant par les syndicats. »
Améliorer la prévention
Affichée comme l’un des thèmes structurants de sa feuille de route, la prévention doit viser, selon Camille Galliard-Minier, à « repérer deux millions de personnes fragiles d’ici 2030 avant l’installation de la dépendance ». Intervenir tôt, pour limiter les coûts, notamment. « La Cour des Comptes estime que le gain d’espérance de vie sans incapacité engendre 1,5 milliards d'économie par an », précise-t-elle.
Autre thème : la prise en compte des aidants, évalués entre 8 et 11 millions en France. Alors qu’un salarié sur 4 pourrait être concerné par le statut d’aidant en 2030, dont 500 000 mineurs. Malgré certaines mesures mises en place - le congé proche aidant, les plateformes de répit et le statut d'étudiant aidant - la ministre a reconnu que celles-ci étaient « peu sollicitées et que l'épuisement progresse ».
Pas sûr que la demande introductive du président de la commission des affaires sociales Philippe Mouiller « d'éviter l’immobilisme en 2026 » soit exaucée.
>>> Sur le même sujet : Charlotte Parmentier-Lecocq : "Plus nous attendons, plus nous prenons le risque que d’autres priorités prennent le dessus"

