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Guidance parentale : l’art de transmettre un savoir-faire aux parents

Autonomie
Recommandée par la Haute Autorité de santé, la guidance parentale s’impose peu à peu comme un incontournable dans le secteur du handicap
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[TENDANCE PÉDAGO] Un nombre croissant de formations vise à professionnaliser ce mode d'accompagnement des parents dans le champ des troubles du neuro-développement. Les psychologues et éducateurs qui se préparent à ce nouveau rôle y apprennent à se muer en formateurs.
Educateur spécialisé aujourd’hui installé en libéral, Yann Boudon a pris conscience, lorsqu’il travaillait encore en structure, du manque d’autonomie des familles d’enfants ayant des troubles du neuro-développement (TND). « En revenant chercher leurs enfants, des parents s’étonnaient du comportement et des capacités de leurs enfants en journée. Ils me disaient qu’à la maison, ce n’était pas comme ça. Cela m’a mis la puce à l’oreille. » Aujourd’hui à la tête du réseau Uppal (collectif marseillais de professionnels proposant des accompagnements à des parents d’enfants en situation de handicap), Yann Boudon a placé la guidance parentale au cœur de sa pratique.
« Elle est obligatoire pour permettre un meilleur accompagnement des familles et avoir des résultats plus rapides sur les enfants. » C’est pourquoi ce cursus a intégré son catalogue en tant que formateur spécialisé dans les troubles du neuro-développement.
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Nouvelle posture
La guidance parentale prend la forme de rendez-vous avec les parents pour les assister dans l’appréhension des troubles de leur enfant et pour trouver des solutions au quotidien. « On aide le parent à trouver des stratégies éducatives gagnantes. L’objectif est qu’il acquière de nouvelles compétences parentales », explique Céline Clément, professeure en psychologie et sciences de l’éducation à l’université de Strasbourg, spécialiste de l’autisme et des TND.
Cette pratique s’impose peu à peu comme un incontournable dans le secteur du handicap. Recommandée par la Haute Autorité de santé, elle « devrait pouvoir être proposée systématiquement pour répondre aux besoins des familles ou des aidants qui accompagnent des nourrissons à haut risque ou avec un TND et des enfants ou adolescents avec un TND, dans le cadre de programmes socles généralistes ou spécifiques à un TND », selon la Délégation interministérielle à la stratégie nationale pour les troubles du neuro-développement, qui a récemment publié un guide à ce sujet. « Les choses sont enfin en train de bouger. Des acteurs de terrain témoignent de leur besoin de formation », rapporte Nora Vinton, directrice clinique de Pyramid France, qui lance sa première formation de guidance parentale cette année.
Les formations qui émergent dans ce champ amènent donc les professionnels à en maîtriser les principes et techniques. Dans son catalogue des formations compatibles avec les recommandations de bonnes pratiques, le Groupement national des centres ressources autisme (GNCRA) consacre un chapitre à la guidance parentale. « Quand vous faites de la guidance, vous n’êtes plus un éducateur », avertit Julie Bali, responsable des formations au centre ressources autisme Normandie Seine-Eure. Les parents sont ici considérés comme des partenaires « experts ». Les professionnels se muent en formateurs, voire en coachs de parents, et abandonnent une position d’autorité souvent inconsciente, selon la psychologue Marjorie Dumortier. « On pense à tort que les parents ne savent pas. En formation, nous remettons en question ces postures », souligne la formatrice d’Epsilon à l’école, un organisme qui dispense des formations centrées sur l’autisme et l’inclusion scolaire et qui, depuis quatre ans, a développé un programme spécifique dédié à la guidance parentale.
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Des méthodes éprouvées
Une partie des formations enseignant la guidance parentale à des professionnels s’adossent à des méthodes éducatives dont les effets ont été validés scientifiquement. Méthodes qui, souvent, visent un type particulier de handicap – voire un âge – et sont délivrées par le biais de programmes spécifiques. Développée par les praticiens et chercheurs de l’université de Strasbourg et de l’université du Québec à Trois-Rivières, la formation continue de trois jours « L’ABC des TSA » s’appuie ainsi sur l’approche de l’analyse appliquée du comportement.
Les professionnels de la guidance parentale s’approprient ces pratiques précises et éprouvées pour mieux les enseigner aux parents. Ainsi, un manuel sert de base à cette formation continue dispensée par l’université de Strasbourg. « On va montrer aux professionnels qu’il y a une certaine façon de transmettre les savoir-faire aux parents, et dans un certain ordre. Il faut donc adhérer à cette démarche », souligne Cécile Clément.
Même logique au sein de l’organisme parisien Oct-Opus formation, qui propose aux professionnels de se former à la guidance des parents d’enfants ayant des TDAH. Neuropsychologue, Manon Ducret y a suivi la formation au programme d’entraînement aux habiletés parentales (PEHP), dit « Barkley ». Exerçant en pôle de compétences et de prestations externalisées, elle se sentait peu à l’aise pour dispenser des conseils aux familles, faute de connaissances théoriques poussées sur cette méthode éducative.
La formation lui a permis de se plonger dans les différentes dimensions du programme « Barkley ». A elle, ensuite, de concevoir des séances de travail avec les parents, thème par thème. Et de leur expliquer, par exemple, l’économie des jetons, l’une des techniques visant à renforcer les comportements positifs chez les enfants. « On ne repart pas de la formation avec des séances toutes faites. C’est moi qui construis les supports visuels, les diapositives, les documents à remettre aux familles. A nous de nous adapter à elles, en partant d’un corpus théorique très complet », explique-t-elle.
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Des formations exigeantes
La plupart de ces formations s’adressent à des professionnels expérimentés, déjà au contact des parents. Elles requièrent aussi un bon niveau de connaissances sur les troubles en question. C’est le cas des formations à la guidance proposées par le centre ressources autisme Normandie Seine-Eure. Mettant lui-même en œuvre de la guidance en prenant appui sur un réseau d’intervenants formés, le centre « est garant de ce qui va être transmis », souligne la responsable de la formation, Julie Bali. Le cursus commence par un e-learning qui vérifie les connaissances en matière de TSA, avant d’aborder des thématiques plus spécifiques comme le soutien parental post-diagnostic, l’accompagnement des parents sur les particularités sensorielles, la communication et l’autonomie.
Accompagnante psycho-éducative en établissement scolaire, Madalena Franco était déjà formée à l’intervention sociale auprès des personnes autistes avant de suivre cette formation. Elle en est ressortie avec les réponses aux questions qu’elle avait commencé à se poser lors de son expérience en école maternelle dans le cadre d’une classe Ulis (unité localisée pour l’inclusion scolaire), où elle s’occupait d’enfants autistes de 3 à 5 ans. Convaincue par l’intérêt de partager ses propres pratiques aux parents, elle se demandait comment les aborder. Le programme, centré sur ces techniques, lui a appris « la patience, l’écoute, mais aussi des techniques précises pour emmener les parents en un nombre limité de séances », explique-t-elle.
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Des formations plus généralistes
D’autres formations préfèrent tenir compte en priorité des contraintes des professionnels. Car tous n’ont pas le souhait ou la possibilité de les suivre à la lettre. Ainsi, Oct-Opus formation propose également une session plus courte, de deux jours, dédiée aux habiletés parentales, qui aborde les troubles neuro-développementaux en général et leurs conséquences sur les comportements des parents. « Il s’agit d’aider les professionnels à mieux analyser les situations, comprendre les besoins des parents, diagnostiquer un éventuel burn-out parental et trouver des moyens pour coopérer avec eux », détaille Claire Schmitt-Moeglin, formatrice au centre.
L’organisme Epsilon à l’école a lui aussi développé une formation plus généraliste ayant vocation à soutenir les parents d’enfants atteints de troubles neuro-développementaux. Identification des besoins de l’enfant, techniques d’engagement des parents, identification des compétences parentales, analyse de leur situation, puis jeu de rôle : « On travaille les techniques d’entretien », précise Marjorie Dumortier. Epsilon à l’école propose même une certification validant ces compétences en matière de guidance. Dans ce cas, la session dure six jours au lieu de trois. Pour l’obtenir, l’apprenant devra notamment faire ses preuves en se filmant à l’œuvre avec des parents.
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Un service en mal de financements
Protection maternelle et infantile (PMI), centres d’action médico-sociale précoce (CAMSP), centres médico-psychologiques (CMP), services d’éducation spéciale et de soins à domicile (Sessad), centres de ressources autisme, plateformes de coordination et d’orientation (PCO), services de pédiatrie et de pédopsychiatrie : une panoplie d’institutions proposent de la guidance parentale... avec les moyens du bord. Certaines associations financent ces prestations sur leurs fonds propres, faute d’obtenir des crédits supplémentaires via les agences régionales de santé. Dans le cadre des discussions autour du PLFSS 2026, le gouvernement s’est montré favorable au remboursement de séances effectuées par les professionnels non conventionnés avec l’assurance maladie ayant contractualisé avec les PCO et intervenant dans le parcours de l’enfant, à savoir les ergothérapeutes, les psychomotriciens et les psychologues.
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