Anne-Marie Veyrac : "La reprise du baluchonnage est un soulagement pour les aidants"

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Anne-Marie Veyrac est chargée de développement du relayage des aidants au sein de l’association Sérénitarn. 

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[INTERVIEW] Le baluchonnage, dispositif de relayage des aidants pendant plusieurs jours, à domicile et avec un intervenant unique, reprend après quatorze mois d’interruption. Premier département à accorder une autorisation depuis la publication du décret, le Tarn a donné son feu vert, le 12 février 2026, à l’association Sérénitarn. 

Chargée de développement du relayage des aidants au sein de l’association Sérénitarn, Anne-Marie Veyrac revient sur les raisons de cette reprise très attendue.

ASH : Que représente pour vous la reprise de votre service de baluchonnage ?

Anne-Marie Veyrac : C’est un soulagement de pouvoir recommencer à fournir ces prestations, interrompues depuis le 1er janvier 2025. Cette suspension a été difficile pour tout le monde : pour nos relayeuses qui apprécient beaucoup ces interventions et, pour certaines, aimeraient même s’y consacrer entièrement. Si durant cette interruption, elles ont continué à travailler pour notre association, elles ont ressenti une vraie frustration de ne pas pouvoir assurer ces relayages. Mais l’arrêt a surtout été difficile pour les aidants qui y avaient recours. Pour beaucoup d’entre eux, il s’agissait du seul moment de répit dans l’année. Pendant cette période, nous avons maintenu le lien avec les familles. J’essayais de rester optimiste, en leur disant que nous pourrions peut-être reprendre au second semestre. Mais finalement, il a fallu attendre bien plus longtemps.

Pourquoi la reprise du baluchonnage a-t-elle mis autant de temps à se concrétiser ?

Il ne s’agit pas, selon moi, d’une remise en cause de la reconnaissance du dispositif, puisque le principe de sa pérennisation a été acté depuis plus d’un an. À l’issue de cinq années d’expérimentation, les retours étaient en effet très positifs : les aidants apprécient particulièrement la possibilité de bénéficier d’un répit long, sur plusieurs jours, et les relayeuses celle de pouvoir se consacrer pleinement à une seule personne, plutôt que d’enchaîner des interventions courtes.

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Si la reprise a tardé, c’est surtout en raison de l’instabilité politique que nous avons connue. Il a d’abord fallu attendre la publication du décret, finalement paru le 17 août 2025. Ensuite, quelques mois supplémentaires ont été nécessaires pour que nous redéposions un dossier auprès du conseil départemental et obtenions son autorisation, le 12 février 2026. Le Tarn est ainsi le premier département à avoir accordé cette autorisation. Les autres devraient suivre.

Quels sont aujourd’hui les principaux enjeux pour développer ce dispositif ?

Le principal enjeu reste aujourd’hui le financement. La prestation a beau être pérennisée, elle ne bénéficie toujours pas d’un financement spécifique. Nous devons donc trouver des solutions au cas par cas. Nous sollicitons par exemple l’action sociale des caisses de retraite, certaines mutuelles ou encore des associations partenaires comme France Alzheimer Tarn.

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Pour le reste, le nouveau cadre ne change pas pour nous. Les dispositions prévues par le décret sont très proches de ce que nous appliquions déjà dans notre organisation, notamment grâce aux repères donnés par Baluchon France pendant l’expérimentation. Nous reprenons donc l’activité dans des conditions très similaires à celles que nous avions auparavant. La demande est en tout cas bien présente. Avant l’arrêt, nous réalisions en moyenne une quinzaine de baluchonnages par an, avec une dizaine de familles qui nous sollicitent régulièrement. Aujourd’hui, de nouvelles situations se présentent déjà et la reprise des interventions est prévue à partir du mois d’avril. Pour nous, c’est aussi une reconnaissance du travail mené depuis cinq ans autour de ce dispositif.

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