Instituts médico-éducatifs : 17 recommandations pour une meilleure inclusion

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Dans son rapport, l'Igas constate notamment une augmentation des personnes souffrant de troubles psychiques en IME, atteignant 33 % dans un tiers des structures visitées.

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Saisie d’une mission en juillet 2024 concernant l’évaluation de l’orientation, du fonctionnement et du parcours des enfants accueillis dans des instituts médico-éducatifs (IME), l'Igas a rendu publics les résultats ce 20 février 2026. Le rapport dresse un état des lieux de la situation et formule 17 préconisations. 

L’Inspection générale des affaires sociales (Igas) s’est attachée, dans un rapport publié le 20 février 2026, à dresser un état des lieux des instituts médico-éducatifs (IME), en tenant compte des particularités démographiques, sanitaires et socio-économiques de chaque territoire.

Profil des IME. A l’heure actuelle, le nombre de structures est estimé à 1 380, ce qui représente 75 700 places. Malgré une croissance significative à partir de 2014, le rapport montre une progression inférieure à l'offre observée pour l’ensemble du secteur médico-social destinée aux enfants en situation de handicap. Quoi qu'il en soit, les IME restent aujourd’hui la forme la plus répandue parmi les établissements accueillant des enfants (64 %).

En ce qui concerne leur mutation, il est fait état d’une demande des pouvoirs publics pour que ces structures s’inscrivent dans un processus inclusif, par exemple :

  • En s’ouvrant de plus en plus sur le milieu ordinaire.
  • En adaptant davantage les réponses apportées aux besoins des publics accompagnés, notamment en termes d’intensité, de forme et de modalités de prise en charge.

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De fortes disparités territoriales sont également pointées. En moyenne, le nombre de places est fixé à 50 pour 10 000 jeunes, mais il peut retomber à 30 pour 10 000 jeunes dans certains territoires (Ile-de-France, Gironde par exemple). Ces tensions capacitaires entraînent des listes d’attente à l’entrée des structures, et un recours important au secteur libéral.

Profil des publics accompagnés. D’après les données recueillies, les structures font face, depuis une dizaine d’années, à « une complexification des situations individuelles, liée à une intensité accrue du trouble principal, ainsi qu’une fréquence plus importante des troubles associés et des doubles vulnérabilités ». Plus précisément, l’Igas constate que :

  • Les troubles dissociatifs de l’identité (TDI) sont en baisse dans les structures étudiées, mais restent une porte d’entrée vers les IME.
  • Les troubles du spectre autistique (TSA) représentent entre 20 et 30 % des accompagnements.
  • Les troubles psychiques sont en hausse, pouvant atteindre 33 % dans un tiers des IME visités.
  • Dans certains établissements, les problématiques de grande violence peuvent concerner jusqu’à 10 % des enfants accompagnés.
  • En 2022, 15 % des enfants en IME étaient parallèlement confiés à l’aide sociale à l’enfance (ASE).

Toutefois, 15 % des enfants en IME présentent un TDI léger sans autre vulnérabilité.

Le rapport indique également que l’accompagnement des profils avec plusieurs troubles psychiques et/ou des troubles du comportement subit les conséquences du manque de ressources mobilisables en pédopsychiatrie et du manque de professionnels.

Orientation vers les IME. D’après les informations recueillies par l’Igas, l’orientation, la non-orientation ou le maintien de certains enfants dans les IME sont le résultat de plusieurs facteurs qui s’entremêlent, tels que :

  • Le manque de place dans les IME et/ou dans les services d'éducation spéciale et de soins à domicile (Sessad).
  • Le refus d’admission par certains IME.
  • Le manque de solutions alternatives.

Autre enseignement du document, les parents sont parfois réticents à l’orientation vers un IME. Un a priori qui semble évoluer après l’admission : « Le regard sur l’IME parait évoluer de manière positive pour nombre de familles qui en reconnaissent à l’usage les effets positifs pour leur enfant et pour elles-mêmes, au point parfois de retarder la sortie de leur enfant. »

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Difficile coopération avec le milieu scolaire. Le rapport note que la coopération entre les établissements scolaires et les IME reste très fragile. Les besoins grandissant avec l’âge, l’enjeu de transformation des IME en dispositifs intégrés doit être de renforcer et d’optimiser le principe d'un étayage médico-social au sein de l’école, tout en conservant les modalités et les capacités d’accompagnement.

Offre adulte. La difficulté des sorties d’IME et la croissance des maintiens au-delà de 20 ans appellent une réponse adaptée, dans un contexte où l’offre adulte n’est plus suffisante. A titre d’exemple, les établissements et services d’accompagnement par le travail (Esat) sont devenus moins accessibles.

Stratégie 16-25 ans. Cette dernière doit permettre de développer des dispositifs dédiés à l’élaboration des futurs projets des jeunes, et à l’expérimentation de leur insertion sociale et professionnelle dans de bonnes conditions.

Structurer le parcours. La transformation des IME en dispositifs intégrés implique des efforts à plusieurs niveaux :

  • Budgétaire, en passant d’un fonctionnement cloisonné à un dispositif ouvert sur le territoire.
  • Logistique, du fait de la diversification des interventions, qui entraîne de nouvelles charges.
  • Bâtimentaire, en repensant les lieux comme des espaces ouverts et capables d’accueillir une diversité d’activité.

La posture des professionnels a également vocation à évoluer, en étant moins centrée sur le collectif institutionnel et en se tournant vers une logique de coordination de parcours.

Le risque soulevé par plusieurs acteurs est celui de devoir faire plus avec des moyens toujours insuffisants, et d’aller trop vite au regard des contraintes existantes : « A vouloir trop largement et trop rapidement décloisonner dans un contexte de contraintes RH et budgétaires, se profilent des risques de dégradation des accompagnements d’un certain nombre d’enfants mais aussi de la situation de leur famille sur lesquelles on aura transféré une charge trop importante. »

Recommandations. Au regard de l’ensemble des éléments recueillis par l’Igas, 17 recommandations ont été formulées :

  1. Augmenter le nombre d’enfants en attente de place suivis par les pôles de compétences et de prestations externalisées ou par les équipes mobiles rattachées aux IME.
  2. Définir des périodes minimales d’ouverture annuelle des IME.
  3. Systématiser un module de formation pour l’accueil d’enfants en situation de handicap.
  4. Conduire une étude pour identifier les conditions d’une meilleure accessibilité des Esat aux personnes issues des IME.
  5. Recenser et diffuser les initiatives et innovations en matière d’insertion professionnelle en milieu ordinaire.
  6. Mener une concertation entre l’Etat et les départements sur l’évolution de l’offre adultes handicapés, au regard de la démographie, des besoins et des attentes des prochaines générations.
  7. Créer une notification MDPH (maison départementale des personnes handicapées) « 16-25 ans », orientant les jeunes au fur et à mesure de la construction de leur projet post-IME.
  8. Elaborer une stratégie nationale 16-25 ans.
  9. Construire un plan de rattrapage capacitaire en IME pour les départements les plus sous-dotés.
  10. Actualiser les textes règlementaires relatifs aux IME.
  11. Continuer de créer des unités d’enseignement externalisées.
  12. Etudier la faisabilité d’une fusion entre les équipes de suivi de scolarisation et les réunions de suivi du projet d’accompagnement médico-social pour les enfants pris en charge par un dispositif intégré.
  13. Publier, tous les deux ans, un état des lieux des listes d’attente.
  14. Pour la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), intégrer dans les enquêtes ES-handicap un suivi réel des temps d’accompagnements hebdomadaires.
  15. Préciser la notion de liste d’attente.
  16. Elaborer une instruction pour les agences régionales de santé (ARS) afin de renforcer les contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens (Cpom) contractualisés avec les IME.
  17. Composer une recommandation de bonnes pratiques professionnelles relatives à l’accompagnement d’un enfant par un dispositif médico-social, en ajoutant la guidance parentale.

>>> Retrouvez ici : le rapport complet de l'Igas <<<

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