61 % des proches aidants cachent leur statut à leur employeur

Autonomie

Pour 24 % des aidants, ne pas signaler leur situation à leur entreprise reste avant tout justifié par la volonté de séparer vie privée et vie professionnelle.

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La proche aidance ne va pas encore de soi dans les entreprises. Entre la peur d'être jugés, stigmatisés ou la méconnaissance des dispositifs déployés par leurs employeurs, les salariés concernés sont surtout en demande d'aménagements de leur temps de travail.

Malgré les 5 à 9 millions de salariés qui la vivent, la proche aidance reste encore taboue et peu valorisée. En témoigne une étude du cabinet RH How Much, réalisée fin 2025 auprès de 3 200 répondants, montrant que l'aide apportée au quotidien à un proche malade, en perte d'autonomie ou en situation de handicap, demeure très largement un sujet du ressort de la seule sphère privée. Car si les situations d'aidance se démocratisent (22 % du panel reconnaissent être confrontés à cette situation), en informer son employeur ne va toujours pas de soi.

Sur le panel sondé, seuls 39 % indiquent avoir mis un supérieur hiérarchique ou le service RH au courant. A contrario, 61 % préfèrent conserver cette information confidentielle.

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Entre volonté de préserver sa vie privée et peur de la stigmatisation

Les raisons ? Pour 34 % des répondants, il s'agit d'abord de maintenir étanche la barrière entre vie professionnelle et vie privée. Cependant, 28 % gardent leur situation pour eux par ignorance des dispositifs accessibles au proche aidant (congés, aménagement du temps de travail, aides, etc.). Toujours dans le même registre, ils sont 24 % à ne pas avoir conscience de leur statut d'aidant, voire à s'estimer illégitime à y prétendre, et 21 % à ignorer que ce sujet peut concerner leur entreprise. La crainte joue aussi : 25 % redoutent que leur situation n'entraîne des conséquences négatives pour leur carrière, 23 % d'être mal jugés ou incompris par leur direction, 19 % d'être perçus comme moins fiables ou moins disponibles et 18 % d'être « stigmatisés ».

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A l'inverse, 21 % des proches aidants interrogés estiment être en mesure de gérer seuls sans que cela n'ait d'impact sur leur travail. 16 % indiquent ne pas savoir comment aborder le sujet avec leurs managers et 14 % hésitent à franchir le pas en l'absence de politique claire ou de référent sur le sujet dans l'entreprise. Parfois, c'est la réaction négative supposée de l'employeur qui pousse à garder le silence : 11 % craignent que la confidentialité des informations ne soit pas garantie tandis que 10 % jugent que leur hiérarchie n'est pas à l'écoute de ces sujets.

Conséquences financières

Difficile toutefois d'imaginer que cette situation échappe éternellement au scope de l'employeur étant donné son caractère chronophage : 29 % des personnes concernées consacrent 6 à 10 heures chaque semaine à leur activité d'aidant et 20 % plus de 20 heures. Sans compter que 35 % des aidants avouent devoir assurer la charge de plusieurs proches.

Conséquences :  ils sont 57 % à concéder que leur situation entraîne une baisse de productivité ou de disponibilité. 33 % à reconnaitre qu'elle exige d'eux d'augmenter leur volume de télétravail et 29 % que cela se traduit par des retards ou des absences plus fréquentes. Sans négliger les répercussions financières : 36 % des sondés indiquent que les derniers 12 mois d'aidance leur ont « un peu » coûté et 21 % signalent des dépenses « significatives » en matière de soins, de transport ou d'aide à domicile. Dans le même temps, 17 % des aidants confient que leur situation les a contraints à réduire leur temps de travail... et donc, leur salaire. Et 21 % ont dû refuser des opportunités professionnelles pour raisons d'aidance, là encore au détriment de leur pouvoir d'achat.

L'aménagement du temps de travail plébiscité

Lorsque les entreprises s'impliquent au service des proches aidants, ce sont souvent les mesures en faveur de l'aménagement du temps de travail qui disposent de la meilleure visibilité de la part de ces derniers : ils sont ainsi 45 % à citer le télétravail ou les horaires aménagés, largement devant les dispositifs liés aux congés (32 %) – incluant le don de jours de la part des collègues – et le temps partiel flexible (24 %). Toutefois, les salariés demeurent encore mal informés des initiatives de leur employeur : 18 % indiquent ignorer si de telles mesures existent dans leur entreprise.

D'ailleurs, bien avant d'éventuelles aides financières sous forme de primes à l'aidance ou de prise en charge des dépenses – qu'ils ne sont que 15 % à plébisciter –, ce sont surtout les aménagements du temps de travail qui sont demandés par les salariés aidants :

  • 55 % jugent que le télétravail et des horaires flexibles « mobilisables rapidement » seraient de nature à les soulager ;
  • 45 % qu'un système de congé pour aidance, une « banque de jours » ou des dons de jours entre salariés répondraient à leurs besoins ;
  • 32 % abondent la proposition d'une possibilité de travail à temps partiel avec perte limitée de salaire ;
  • 25 % souhaitent que leur entreprise se dote d'un référent RH spécialisé chargé de les accompagner dans leurs démarches ;
  • 18 % que leur employeur déploie un soutien psychologique.