Vous êtes ici
Que peut-on attendre de la Conférence nationale du handicap ?

Autonomie
Lors d'une précédente conférence nationale du handicap, en 2020, une rampe d'acces pour personnes a mobilité réduite avait été installée dans la cour de l'Elysée.
Crédit photo Hans Lucas via AFP
Initialement prévu le 25 juin 2026, le rendez-vous triennal se tient ce vendredi 4 septembre au Prisme de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Les associations dressent en amont le constat d’une inclusion encore très partielle et demandent l’effectivité des droits, de réels moyens financiers ainsi qu’une feuille de route qui résistera aux échéances électorales.
« Nos vies ne sont pas secondaires. Nos droits ne sont pas optionnels. L’égalité, la dignité et la citoyenneté ne sont pas négociables », martèle APF France handicap dans son communiqué, réclamant un « Grenelle de l’aide humaine » face à la crise des services à domicile. L’Unapei, de son côté, alerte depuis plusieurs années sur une France qui « prive encore des milliers d’enfants en situation de handicap de leur droit à l’éducation ».
Trois ans après la Conférence nationale du handicap (CNH) de 2023, le constat est en demi-teinte. Si la déconjugalisation de l’AAH est entrée en vigueur, que de nouveaux droits pour les travailleurs Esat ont été actés et que le plan des 50 000 solutions a été amorcé, le quotidien de millions de personnes en situation de handicap reste entravé par des promesses non tenues.
Pour Arnaud de Broca, président du Collectif Handicaps, le contexte impose d’aller vite. « Cette CNH se réunit quand même dans un timing un peu particulier, celui d’une fin de quinquennat », souligne-t-il. L’enjeu est donc double : obtenir des mesures immédiates et fixer une programmation susceptible de survivre à l’alternance. « Notre objectif est vraiment, encore plus que les autres années, d’obtenir des choses très claires, très précises, possiblement mises en œuvre avant les mois d’avril-mai. »
>>> À lire aussi : Stéphane Troussel : "Le combat pour l'égalité n’est jamais achevé"
Accessibilité : passer du droit aux sanctions
L’accessibilité est l’un des marqueurs de la conférence. Habitat, transports, établissements recevant du public, numérique, services publics… Deux décennies après la loi de 2005, les obstacles demeurent. Pour Arnaud de Broca, « on est très loin d’une accessibilité universelle qui permette à toutes les personnes handicapées de vivre normalement, dignement, de manière autonome dans la cité ».
De son côté, APF France handicap va plus loin, exigeant une politique de « tolérance zéro » à l’égard du manque d’accessibilité, fondée sur des contrôles effectifs, des sanctions réellement appliquées et la conditionnalité des financements publics.
>>> Sur le même sujet : Jean-Luc Bourdon : "Le handicap est affiché comme une priorité, mais les moyens ne suivent pas"
École inclusive : encore trop d’enfants sans solution
À l’heure de la rentrée, l’école sera également scrutée. Les pôles d’appui à la scolarisation (PAS) se déploient et le rapprochement entre école et médico-social doit être au cœur des annonces. Mais le décalage entre l’affichage et la réalité reste considérable.
Arnaud de Broca reconnaît que l’école est « peut-être l’une des politiques qui a le plus évolué », tout en pointant que « beaucoup d’enfants ne sont pas scolarisés » et que la situation reste « catastrophique » pour ceux qui n’ont pas accès à l’école. Il attend donc des « mesures fortes » sur ce « serpent de mer » qu’est le rapprochement entre l’Éducation nationale et le médico-social.
>>> À lire aussi : "Sous le seuil de pauvreté", les AESH descendent dans la rue
Autre enjeu au cœur des revendications : la création de places en IME (instituts médico-éducatifs) et en FAM (foyers d’accueil médicalisés) pour les jeunes âgés de 20 ans et maintenus en IME en raison de l’amendement « Creton », ainsi que le recrutement, la formation et la valorisation d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH). « Ça ne se fait pas à coup d’annonce », met en garde Luc Gateau, président de l’Unapei. L’annonce faite en 2023 de « 100 IME dans l’école a fait pschit au bout de deux ans à peine, insiste-t-il. L’enquête de l’Unapei “#JaiPasEcole, mais tout peut changer” recense près de 5 000 enfants inscrits sur liste d’attente auprès de 38 associations, avec des délais approchant les trois ans. »
>>> Pour aller plus loin : Comment accueillir un enfant en urgence dans son IME
Participer aux décisions, pas seulement aux consultations
La CNH 2026 entend aussi traiter l’habitat, la participation citoyenne, l’intelligence artificielle et les technologies de compensation ainsi que la protection juridique des majeurs. Ses organisateurs disent par ailleurs vouloir renforcer la participation des personnes concernées.
Mais qui décide ? Alors qu’Arnaud de Broca reconnaît que « les liens se sont renforcés » dans la préparation de cette CNH, il nuance aussitôt : « Tout ce qu’on propose n’est pas retenu. » Plus largement, il demande que les associations soient associées aux réformes « dès le départ, dès l’origine ».
Luc Gateau demande lui aussi une politique « ambitieuse de long terme, coconstruite avec le monde associatif », fondée sur « les droits et les besoins réels », y compris ceux des personnes ayant les besoins d’accompagnement les plus complexes. Mais il pose surtout la question des moyens : « S’il n’y a pas un véritable levier de financement, la transition inclusive risque de devenir une fragilisation, notamment pour les personnes qui ne peuvent pas toujours s’autoreprésenter. L’enjeu est de peser sur les arbitrages. »
D’autant que cette conférence nationale du handicap intervient dans un moment politique particulier. « Le gouvernement a, en gros, six mois utiles devant lui pour éviter une année blanche, espère Arnaud de Broca. La question ne sera plus seulement de savoir ce que promet la CNH, mais ce que les personnes handicapées pourront effectivement obtenir après elle. »


