Maëlig Le Bayon : "Difficile d'imaginer une prise en charge à 100% de l'APA sans augmentation de la fiscalité"

Autonomie

Maëlig Le Bayon, directeur général de la Caisse  nationale de solidarité pour l'autonomie, à l'occasion d'une rencontre avec l'Association des journalistes de l'information sociale (Ajis) le 7 avril 2026.

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La CNSA se prépare à dévoiler sa feuille de route 2026-2030. Celle-ci doit engager la cinquième branche de la Sécurité sociale dans un contexte marqué par les tensions budgétaires, en particulier dans les collectivités départementales.

La mandature de Jean-René Lecerf à la tête de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie s'étant achevée en février dernier, la désignation de son – ou de sa – successeur(e) à la tête de l'organisme en charge du pilotage de la cinquième branche de la Sécurité sociale n'est plus qu'une question de jours. « Il reste deux ou trois noms en lice, mais cela va se décanter très vite », assure-t-on au sein du conseil d'administration. Cette formalité expédiée, ne restera plus à la CNSA qu'à fignoler les derniers détails de sa feuille de route pour la période 2026-2030 qui devrait être présentée le 15 avril prochain. 

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Se rapprocher de l'équilibre budgétaire

Si, depuis qu'elle a reçu la charge d'administrer la branche de la Sécu dédiée à l'autonomie en 2021, la Caisse a commencé à s'installer dans le paysage des organismes de protection sociale, il lui reste encore du chemin à parcourir avant de se hisser au niveau de ses quatre « grandes sœurs » en charge de la vieillesse, de la famille, du recouvrement, des maladies professionnelles et des accidents du travail. Sur le plan budgétaire, en premier lieu, puisque malgré ses désormais 43 milliards de ressources – auxquels la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a adjoint 1,5 milliards supplémentaires tirés d'une fraction de la CSG – la branche autonomie demeure dans le rouge de 300 millions. Au point d'avoir attiré l'attention de la Cour des comptes qui, en décembre 2025, tirait la sonnette d'alarme sur son « déficit structurel ».

« On se prend de plein fouet le choc démographique. A ce stade, nos nouvelles ressources ne nous ont permis que de nous rapprocher de l'équilibre pour la branche », avouait Maëlig Le Bayon, directeur général de la Caisse, le 7 avril 2026 à l'occasion d'une rencontre avec l'Association des journalistes de l'information sociale (Ajis). A cette faiblesse budgétaire s'ajoute le manque de structuration d'une branche encore largement en développement. A titre de comparaison : quand la Caisse nationale d'allocations familiales (Cnaf) dispose de moyens humains, techniques et légaux suffisants pour assurer le contrôle anti-fraudes au sein des 100 CAF de son réseau, la CNSA de son côté n'a que 200 agents à son actif et souffre de l'absence d'un système d'information unifié. De quoi peiner à chapeauter la centaine de maisons départementales du handicap (MDPH) qui maillent le territoire français.

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Le reste à charge de l'APA augmente de 5 ou 6 euros de l'heure

Dans ces conditions, la mandature 2026-2030 risque de se révéler agitée. Malgré les réussites techniques du rapprochement des SAD (service autonomie à domicile) et des SIAD (service de soins infirmiers à domicile), ainsi que du déploiement du service public départemental de l'autonomie (SPDA) courant 2025, la question de la soutenabilité financière du virage domiciliaire risque de s'avérer acrobatique à budget constant.

En témoignent les récentes baisses de prise en charge de l'allocation personnalisée d'autonomie (APA) par une dizaine de collectivités départementales. Elles ont été contraintes à des arbitrages budgétaires drastiques, à la suite de la baisse du produit des transactions sur le marché immobilier, dont elles tiraient une partie de leurs revenus fiscaux et entraînant mécaniquement un gonflement de la facture à acquitter par les personnes dépendantes. « Dans certains départements, cette augmentation du reste à charge peut monter jusqu'à 5 ou 6 euros de l'heure », déplore Maëlig Le Bayon.

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Pour autant, cette bascule budgétaire départementale n'a rien d'illégal. Ses conséquences pourraient toutefois se révéler éprouvantes pour les usagers les moins bien lotis financièrement qui, moins bien accompagnés à domicile, seraient susceptibles de voir leur état de santé se dégrader rapidement et nécessiter des recours plus fréquents aux services hospitaliers, voire des placements prématurés en Ehpad. Alourdissant par ricochet la facture pour les autres branches de la Sécu ! De l'aveu de son directeur général, le débat dépasse le cadre de l'action de la seule CNSA : « Il appartiendra au débat politique d'arbitrer entre ce qui doit relever du socle de solidarité universel et du reliquat à la charge des usagers tout en préservant les plus démunis. Toutefois, il paraît difficile d'imaginer une prise en charge à 100% de l'APA par la puissance publique sans augmentation de la fiscalité ».

Un partenariat avec France Travail pour l'attractivité des métiers

Si la question budgétaire demeure une prérogative de l'Etat, la Caisse pourrait en revanche avoir quelques cartes à jouer concernant l'amélioration de l'attractivité des métiers de la dépendance. Mal considérés socialement, invisibilisés, peu rémunérateurs, ces emplois peinent encore à trouver preneurs malgré des besoins grandissants. Signe des temps : le ministère de la Santé vient de retoquer, fin mars, un nouvel avenant salarial dans la branche de l'aide à domicile (BAD) pourtant validé par les partenaires sociaux, là encore sous la pression de départements financièrement à l'os. 

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Pour la CNSA, il existe cependant des leviers d'attractivité. A commencer par la facilitation des conditions de travail de ces professionnels. Certains ayant déjà été déployés. Ainsi, pour réduire les frais de déplacement des aides à domicile – une thématique particulièrement sensible en temps d'augmentation des tarifs pétroliers – la Caisse a-t-elle, en 2025, débloqué 75 millions d'euros destinés à permettre aux employeurs de se doter de flottes de véhicules électriques ou hybrides à mettre à disposition de leurs salariés. A date, 68 millions de ces crédits ont déjà été consommés.

Autre initiative à venir : favoriser le recrutement d'anciens aidants familiaux et leur formation aux métiers du domicile au travers de la validation des acquis de l'expérience (VAE). Une expérimentation stoppée faute de crédits, menée courant 2023 et 2024, et qui avait permis de qualifier près de 30 000 aidants. La réitération de l'opération figure à l'agenda de la CNSA, dans le cadre d'un partenariat à venir avec France Travail, dont la signature officielle pourrait bien avoir lieu en même temps que la présentation du futur plan « grand âge » repoussée après le départ du gouvernement de l'ancienne ministre de l'Autonomie Charlotte Parmentier-Lecocq.

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