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"On est pauvre âgé car on a été pauvre avant", estime Alerte devant les députés

Insertion
D’après le collectif Alerte, le non-recours des retraités vulnérables est très important : 50 % de ceux qui étaient éligibles en 2022 à l’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa) ne la touchaient pas.
Crédit photo Alexs - stock.adobe.com
Le collectif réunissant 37 fédérations et associations nationales de solidarité était auditionné, mercredi 2 septembre 2026, devant la commission d’enquête parlementaire sur les causes et conséquences de l’augmentation de la pauvreté, notamment pour les travailleurs seniors et les personnes âgées.
En 2022, selon l’Insee, 10,6 % des 65-74 ans étaient pauvres, contre 7,5 % cinq ans plus tôt. Auditionnés à propos de cette évolution inquiétante par une commission d’enquête de l’Assemblée nationale, les acteurs associatifs ont insisté, mercredi 2 septembre, sur la gravité du phénomène. La pauvreté des personnes âgées est « un trou noir dans le débat public et politique », résume Olivier Noblecourt, le nouveau président du collectif Alerte.
« La pauvreté des personnes âgées resurgit avec des caractéristiques de dureté qui sont singulières », a poursuivi l’ex-délégué interministériel à la lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes, en fonction entre 2017 et 2020. Au-delà de la pauvreté monétaire, les personnes concernées font l’expérience de privations croissantes et, souligne-t-il en particulier, de l’isolement.
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Cause et conséquence aggravantes, 50 % des retraités éligibles à l’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa) ne touchaient pas ce minima social en 2022, selon la Drees. « La dématérialisation peut transformer une démarche en véritable obstacle », rappelle Daphné Chamard-Teirlinck, directrice du plaidoyer au Secours catholique. L’enjeu, selon elle, est non seulement d’améliorer l’automaticité des prestations mais aussi de « maintenir de véritables possibilités de contact humain ».
Un « nouveau public » à la rue
Comment en sommes-nous arrivés là ? Plus forte chez les seniors, l’exclusion de l’emploi laisse des traces profondes. « On a des personnes qui ne sont pas encore à la retraite, mais dont on sait qu’elles ne retrouveront pas de travail dans le marché traditionnel », explique Adrien Rivière, chef de mission plaidoyer à la fédération Coorace, qui réunit des structures d’insertion par l’activité économique. Les contrats d’insertion servent surtout à « cumuler des trimestres » en vue de la retraite. Et certains retraités se tournent vers l’IAE pour compléter leurs revenus, une pratique hors des clous mais connue du ministère du Travail.
« On ne tombe pas dans la pauvreté au moment du grand âge. On est pauvre et âgé car on a été pauvre avant. Et on devient plus vite âgé car on a été pauvre », résume Olivier Noblecourt. Si les dépenses de RSA sous forme d’allocations ont progressé, celles dédiées à l’accompagnement ont reculé, ne représentant plus, en moyenne, que 7 % de la dépense totale. L’ambition initiale était de 20 % au moment de la création du RMI. Autrement dit, « l’effort d’accompagnement des plus fragiles a été divisé par trois », selon Olivier Noblecourt.
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Parmi les moments charnières, le passage de la vie active à la retraite engendre un « pic de pauvreté » : il atteint 71 % des 60-64 ans suivis par SOS Familles, un service d’Emmaüs apportant du soutien financier aux familles en situation de précarité financière. En cause, le retard dans le versement des pensions.
Aussi, un « nouveau public émerge : les plus de 65 ans « sans parcours de précarité qui basculent dans la précarité et l’hébergement d’urgence » en raison des expulsions locatives, des ruptures familiales et de la survenue de troubles cognitifs ou d’addictions, indique Charline Barghane, chargée de mission santé à la Fédération des acteurs de la solidarité.
Une perte d’autonomie prématurée
De son côté, Emmaüs France souligne, par le biais de son directeur du plaidoyer, Adrien de Casabianca, que les compagnons vieillissants accueillis dans ses communautés se heurtent « aux limites de places de logements sociaux et très sociaux, en pension de famille, en résidence sociale et même en Ehpad. C’est une difficulté de plus en plus prégnante. » Les publics en situation d’exclusion connaissent par ailleurs une perte d’autonomie prématurée. « L’âge moyen de décès à la rue est de 50 ans pour les personnes à la rue et de 55 ans pour les personnes hébergées », poursuit Charline Barghane.
Les structures médico-sociales sont pour leur part 57 % à accompagner un public en perte d’autonomie, selon la FAS. Le sujet concerne 78 % des lits d’accueil médicalisés. Ainsi, 84 % des travailleurs sociaux du secteur se déclarent démunis face au vieillissement. Dans les Pays de la Loire, les personnes accueillies dans les différents hébergements se voient refuser l’accès aux « structures gérontologiques » dans 33,3 % des cas, toujours d’après la Fédération des acteurs de la solidarité.
Les publics en situation de handicap n’échappent pas à ces difficultés. Ainsi, des travailleurs d’Esat, au sortir de leur structure, peuvent perdre leur logement. « C’est un impensé très préoccupant », alerte Jeanne Dietrich, conseillère technique hébergement et logement à l’Uniopss.
Baisser le seuil de l’Aspa
Face à un tel constat, les différents acteurs auditionnés se sont demandé comment inverser la tendance et appellent au renforcement des différentes politiques publiques, à une relance massive de la construction de logements ou de Ma prime rénov… Mais aussi à une baisse du seuil d’âge d’accès à l’Aspa, pour tenir compte des situations de vieillissement et de dépendance prématurés. « Il faut arrêter d’avoir des situations qui créent de l’atomisation, des ruptures de droits. L’un des sujets, c’est d’organiser globalement le système. Sinon, on passe notre temps à mettre des patches », résume Olivier Noblecourt.
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