Enfants privés d’AESH : des familles engagent un recours collectif contre les rectorats

Autonomie

Une AESH qui manifeste, le 19 octobre 2025 à Paris.

Crédit photo JULIEN DE ROSA / AFP

Alors que près de 49 000 enfants en situation de handicap sont privés de leur droit à une scolarité adaptée, une action de groupe inédite a été engagée contre plusieurs rectorats. Portée par l’association Une école inclusive pour tous, elle entend se battre contre le manque persistant d'accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH) dans de nombreux établissements. 

« Imaginez un enfant à qui l’on promet une place à l’école, un accompagnement, une chance d’apprendre comme les autres. Maintenant, imaginez que cette promesse soit brisée, jour après jour, par un système qui préfère les excuses aux solutions. » Une réalité vécue par des milliers de familles en France, explique Audrey Tatry présidente de l’association Une école inclusive pour tous. Et une question lancinante pour cette maman qui s’est d’abord mobilisée pour son fils en 2023 pour faire valoir son droit à une AESH : « Un recours qui a été largement médiatisé, raconte-t-elle, mais jusqu’où faudra-t-il aller pour que l’école devienne enfin et vraiment inclusive ? Ce recours collectif entend faire respecter les droits des enfants en situation de handicap, dont la scolarité est aujourd’hui gravement menacée par les défaillances de l’État. »

« On ne peut plus attendre »

Lundi 15 décembre 2025, l’association a engagé des recours simultanés contre dix rectorats, dont ceux de Marseille, Créteil, Versailles, Orléans ou encore La Réunion. Une première en France qui concerne 31 606 élèves toujours non accompagnés. Audrey Tatry dénonce moins un simple manque de moyens qu’un renoncement politique : « On mutualise, on mutualise… mais quand un enfant a besoin d’un accompagnement individuel, lui imposer du mutualisé, c’est nier ses besoins. »

Dans les faits, de nombreux élèves sont comptabilisés comme « accompagnés » alors que l’aide mise en place est inadaptée ou insuffisante. « Une AESH mutualisée à la place d’une AESH individualisée, ou un nombre d’heures très inférieur à celui notifié, suffit à faire baisser artificiellement les statistiques. C’est de la maltraitance institutionnelle tant pour les élèves que les AESH », tranche la présidente de l’association.

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Inégalités territoriales

Les disparités régionales dans l’application des notifications CDAPH (Commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées) pour l’accompagnement des élèves en situation de handicap révèlent une crise profonde au sein de plusieurs académies françaises. Selon les données fournies par l’association, l’académie de Marseille se distingue tristement avec un taux de 35,8 % d’enfants non accompagnés, soit 7 460 élèves laissés sans solution. Suivent de près les académies de Créteil (22,1 %) et de Versailles (21,3 %), où des milliers d’enfants subissent le même abandon. Même dans les académies affichant des taux moins alarmants, comme Paris (15,6 %) ou Nantes (18,7 %), la situation reste contraire au droit.

« L’action de groupe vise à contraindre les rectorats à respecter leurs obligations légales, sous peine d’astreintes financières importantes : 100 000 € d’astreinte par mois de retard. Si les académies préfèrent payer plutôt que recruter, cela finira forcément par remonter au ministère », espère Audrey Tatry. Elle se montre toutefois lucide : « Il est possible que nous perdions juridiquement. Mais il fallait le faire. Pour médiatiser un problème que l’on préfère ignorer. »

Une inclusion sans moyens

Pour la présidente de l'association Une école inclusive pour tous, le problème est avant tout structurel. Les AESH sont précaires, sous-payées, insuffisamment formées et souvent affectées à un trop grand nombre d’élèves. « Appeler cela de l’inclusion est un mensonge, une illusion. On peut parler de garderie, pas d’école inclusive. »

« En France, on est très en retard. » Et de citer l’Italie en exemple, où enseignants, éducateurs spécialisés et accompagnants travaillent ensemble en classe. Un retard devenu criant le 7 janvier 2026, lorsque le Sénat a rejeté la proposition de loi visant à intégrer les AESH dans la fonction publique et à améliorer leurs conditions de travail. Le texte prévoyait notamment un recrutement sur concours, une formation renforcée, un volume de travail à temps plein et une reconnaissance statutaire à la hauteur de leurs missions.

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Pour Audrey Tatry, ce rejet révèle un choix politique clair : celui de proclamer l’école inclusive comme priorité nationale tout en refusant d’en assumer les moyens humains. « On reconnaît la pénurie d’AESH, mais on refuse de sécuriser celles et ceux qui sont le pilier de l’inclusion scolaire. Tant que les AESH resteront invisibilisées et précarisées, l’école inclusive restera un slogan vidé de sa substance. Et pour des milliers d’enfants, le droit à l’éducation continuera d’être une promesse non tenue. »

Les rectorats concernés par l’action de groupe n’ont à ce jour pas répondu à nos demandes d’interview.