AESH : la bataille pour une école réellement inclusive

Autonomie

Selon la DEPP 25 % des AESH déclarent devoir cacher leurs émotions au travail, et 26 % sont régulièrement en contact avec des familles en détresse

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Salaires proches du seuil de pauvreté, temps partiels imposés, charge mentale élevée : les conditions de travail des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) restent profondément dégradées. Alors que les chiffres récents de la DEPP confirment l’ampleur du malaise, les annonces gouvernementales tardent à se concrétiser. 

« On nous dit que nous sommes indispensables à l’école inclusive. Pourtant, on nous traite comme des variables d’ajustement. On nous demande de faire des miracles avec 1 030 euros par mois, des contrats précaires, et un manque de considération qui use même les plus motivées. » Esther*, cette AESH et déléguée syndicale dans l'Ouest qui souhaite rester anonyme, résume, en une phrase, le paradoxe criant d’un système à bout de souffle.

Selon la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp), 98 % des 134 800 AESH exercent à temps incomplet en 2024-2025, avec une quotité moyenne de 63 % en temps plein et un salaire net moyen de 1 030 euros. Quelque 90 % d’entre elles estiment que cette rémunération est insuffisante au regard de leur travail.

« La très grande majorité des AESH ont autour de 60-62 % de temps de travail, ce qui diminue la rémunération, confirme Florence Dubonnet, la secrétaire nationale de la CFDT Éducation. On a voulu faire l’école inclusive, mais on n’a pas mis les moyens à la hauteur de l’ambition. On a créé des postes d’AESH, c’est vrai. Mais on a tout fait reposer sur leurs épaules, sans leur donner les outils, la formation, ni la reconnaissance nécessaire. Résultat ? Des milliers d’élèves sont laissés sans accompagnement, et des professionnelles épuisées quittent le métier. »

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Le temps incomplet imposé 

Ce que dénoncent unanimement les syndicats, c’est moins le temps partiel que son caractère subi. « Moi, je suis à 33 heures par semaine. J’ai dû me battre pour en arriver là. Mais j’ai des collègues qui survivent avec 24 heures, 860 euros par mois. Comment veut-on qu’elles vivent ? » résume Esther, qui cumule son poste d’AESH avec celui de coordinatrice de PIAL (Pôle inclusif d’accompagnement localisé). Elle pointe du doigt un système kafkaïen : « On nous impose des temps incomplets, alors que dans n’importe quel autre métier, on peut choisir entre temps plein et temps partiel. Nous, on n’a pas le choix. Nous, ce qu’on demande, c’est que les possibilités d’un temps complet existent et que le temps partiel devienne un choix. »,

Invisibilisation

« Parfois, on nous dit de rester au fond de la classe et de ne pas trop nous montrer. D’autres fois, on nous demande de gérer des situations ultra-complexes sans aucune formation. Et après, on s’étonne qu’il y ait des burn-out ! » Le témoignage d’une AESH anonyme, recueilli par la CFDT, dans le cadre de sa grande enquête lancée en février 2026 (actuellement en cours de dépouillement) corrobore le chiffre de la DEPP : 85 % des AESH estiment que leur métier n’est pas valorisé socialement.

« Certains accompagnements demandent une adaptabilité constante, une présence à 200 %. Et après, on nous dit qu’on exagère quand on demande une reconnaissance de cette pénibilité », souligne Esther, qui accompagne des élèves en collège et lycée.

Selon la DEPP 25 % des AESH déclarent devoir cacher leurs émotions au travail, et 26 % sont régulièrement en contact avec des familles en détresse.

Promesses ministérielles

En janvier 2026, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé des travaux sur le statut des AESH, censés débuter en mars. « On attend toujours, soupire Florence Dubonnet. On nous promet des discussions, mais concrètement, rien ne bouge. Pendant ce temps, des collègues démissionnent, des élèves sont abandonnés. »

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En 2024, une proposition de loi socialiste visant à fonctionnariser les AESH a été rejetée par le Sénat, avec l’appui du gouvernement. « On nous dit que c’est trop compliqué, que les AESH travaillent à temps incomplet. Mais c’est justement le problème ! s’exclame Esther. On nous refuse un statut digne sous prétexte que notre temps de travail est atypique. Mais qui a décidé que ce temps devait être atypique ? »

Comme les autres syndicats, la CFDT, revendique la création d’un corps de catégorie B pour les AESH. « Il faut un emploi à temps complet, une revalorisation salariale significative, et un vrai déroulement de carrière », insiste Florence Dubonnet.

Pour Esther, c’est aussi une question de dignité : « On veut être reconnues comme des professionnelles à part entière, pas comme des figurantes de l’école inclusive. Nous continuerons nos plaidoyers et nos actions comme celles menées en novembre 2025 Déposons nos cartables. »

* Le prénom a été modifié