Handicap : "Beaucoup de familles renoncent aux vacances adaptées organisées"

Autonomie

Administrateur à l’Unapei ainsi qu'au CNLTA, Alain Dupré connait personnellement les problèmes inhérents aux vacances adaptées organisées.

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[INTERVIEW] Coûts importants, offre insuffisante, manque de moyens humains… Dans une récente étude, l’Unapei révèle que de nombreux vacanciers, désireux de partir, sont contraints de faire une croix sur les séjours adaptés. Alain Dupré, administrateur à l’Unapei et au Conseil national des loisirs et du tourisme adaptés (CNLTA), revient sur les conclusions de l’enquête et les leviers identifiés pour éviter ces renoncements.

Réalisée en 2025, auprès de 1 600 personnes en situation de handicap, de proches et de professionnels, l’enquête de l’Unapei montre que près de 40 % des vacanciers ne partent pas pour des raisons financières. Pourtant, lorsqu’elles ont lieu, les vacances adaptées satisfont 90 % des sondés. L’analyse d’Alain Dupré, lui-même parent d’un enfant en situation de handicap partant en vacances adaptées organisées.

ASH : Pourquoi avoir mené cette étude ?

Alain Dupré : Des enquêtes assez anciennes avaient été menées sur le sujet, aussi nous avons voulu réaliser une photographie récente des vacances adaptées en parallèle du livre blanc publié par le CNLTA. Ce livre blanc aborde des sujets extrêmement importants. Notre étude vient renforcer ces éléments et dans le même temps sert le plaidoyer de l’Unapei en faveur des vacances adaptées.

Nous restons persuadés que pour les personnes les plus vulnérables, celles pour qui l’école et le travail ne font pas sens, le moment des vacances est essentiel. Il s’agit d’un temps où elles se retrouvent à égalité avec les autres, car elles vont dans les mêmes lieux, ont accès aux mêmes ambiances…

Quelles sont les principales conclusions ?

Les vacances adaptées sont essentiellement bien perçues, pourtant beaucoup de familles y renoncent. Pas par choix. De nombreux freins persistent, notamment liés aux coûts. Le prix de ces vacances est corrélé aux périodes d’organisation, très souvent en juillet et août, des mois beaucoup plus chers que les autres. Nous constatons aussi que l’offre de vacances n’est pas toujours suffisante. Certains séjours ne sont pas assez adaptés pour les personnes les plus vulnérables et leur niveau d’autonomie.

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A la marge, il peut aussi exister des difficultés pour compléter les dossiers qui sont complexes et administratifs. Même si fréquemment, dans les établissements et les services, des professionnels du réseau de l’Unapei aident les familles, cela reste une démarche compliquée qui peut les rebuter.

Etait-il important de mener cette étude après, notamment, l'incendie du gîte de Wintzenheim en 2023 ?

Quand les rapports de l’Igas sont sortis, nous avons effectivement saisi la balle au bond pour être force de proposition. Nous ne voulons pas que ces drames mettent à mal le secteur qui est assez méconnu, mais, somme toute, plutôt performant.

Quelles mesures préconisez-vous pour rendre effectif le droit aux vacances adaptées ?

L’Unapei vient de signer une convention avec le CNLTA obligeant les hébergeurs et les organismes de vacances à respecter un certain nombre de règles. Nous avons aussi décidé cette année de favoriser le départ des plus vulnérables en recentrant les chèques vacances vers cette catégorie de personnes.

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Un séjour d'une semaine coûte entre 1 200 et 1 500 euros, selon le type de vacances et la vulnérabilité de la personne. En moyenne, la prestation de compensation du handicap couvre 300 euros. Grâce aux 300 euros des chèques vacances qui seront distribués via l’Unapei, il ne resterait que 600 euros de reste à charge pour les familles sur un séjour de 1 200 euros. C’est tout de même plus accessible. Nous ferons un bilan de cette mesure dans un an.

Autre piste à l’étude : élargir la période des départs de juin à septembre, voire aux vacances de printemps, pour que les séjours soient moins chers et que cela permette plus de souplesse pour les familles et les équipes. Il est aussi important d’organiser des vacances responsables, c’est-à-dire d’éviter de rouler des centaines de kilomètres et de se rendre dans des lieux trop touristiques, pour des raisons humaines, sociales et écologiques.

Ces dernières années, les organismes de vacances rencontrent enfin beaucoup de difficultés pour recruter des accompagnants formés. Il est important de redonner de la visibilité à cette expérience des séjours adaptés et de la valoriser dans les cursus professionnels.