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Travailleurs handicapés : la réforme de l'obligation d'emploi tient-elle ses promesses ?

Autonomie
Selon le rapport de la Dares, le chômage des travailleurs handicapés atteint 11,5 %, toujours près du double de celui de l’ensemble des actifs.
Crédit photo Halfpoint pour Adobe Stock
La réforme de l'obligation d'emploi des travailleurs handicapés (OETH) devait favoriser les recrutements. Six ans après son entrée en vigueur, la Dares dresse un premier bilan contrasté. L’obligation d'emploi favorise le recrutement, mais pas partout. Et le chômage des personnes handicapées demeure durablement supérieur à celui de l'ensemble de la population.
11,5. C’est le taux de chômage des personnes handicapées « qui reste deux fois plus élevé que celui de la population », alerte l’Agefiph. Depuis 1987, les entreprises d'au moins 20 salariés sont pourtant tenues d'employer 6 % de bénéficiaires de l'obligation d'emploi ou, à défaut, de verser une contribution. Avec la loi « Avenir professionnel » de 2018, entrée en application le 1er janvier 2020, le législateur entendait renforcer ce dispositif, en calculant désormais cette obligation à l'échelle de l'entreprise et non plus de chacun de ses établissements.
L'enjeu était de taille. Selon les estimations de la Dares (Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques), près de 110 000 travailleurs handicapés étaient théoriquement attendus dans les entreprises concernées, soit une hausse de 19 %. Or le nombre d'entreprises assujetties a progressé d'environ 10 %.
Concrètement, cette réforme a-t-elle effectivement favorisé les recrutements ? Si certaines entreprises ont effectivement accru leurs recrutements de personnes en situation de handicap, l'effet reste limité et très inégal selon leur profil.
Maintien en emploi
Premier constat : la réforme produit un effet positif chez les entreprises déjà soumises à l'OETH avant 2020, qui enregistrent +4,9 points pour les embauches en CDI. Pour ces employeurs, la probabilité de recruter au moins une personne en situation de handicap en CDI a augmenté d'environ 11 % entre 2020 et 2022 par rapport à la période précédant la réforme.
La Dares observe également une hausse des recrutements en contrats de moins de six mois (+3,1 points). Le rapport précise néanmoins que ces effets concernent principalement des entreprises de grande taille, comptant en moyenne près de 300 salariés en équivalent temps plein.
En revanche, lorsqu'elles recrutent déjà des personnes en situation de handicap, la réforme modifie peu leur proportion parmi l'ensemble des embauches. « L’OETH, observe la Dares, a mis en évidence une préférence des employeurs pour le maintien en emploi de travailleurs déjà reconnus handicapés de travailleurs qui deviennent handicapés alors qu’ils sont déjà en poste. Ainsi pour les grandes entreprises, le nombre de travailleurs handicapés en CDI a augmenté de 0,99 ETP par an après 2020 (+15 %). »
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Les auteurs du rapport soulignent ainsi que « les effets de la réforme diffèrent selon les catégories d'entreprises ».
Chez ceux qui franchissent le seuil de 20 salariés, la Dares ne met pas en évidence d'augmentation statistiquement significative des recrutements de personnes en situation de handicap. Pour les entreprises de taille intermédiaire nouvellement concernées, seul un effet transitoire est observé sur le recours à l'intérim au début de la réforme, sans impact durable sur les embauches en CDI ou en CDD. On observe +2,5 points par trimestre sur l’embauche en intérim, mais seulement en 2020.
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Recruter, une option parmi d'autres
Pourquoi une réforme qui accroît de près de 20 % les besoins théoriques en travailleurs handicapés ne se traduit-elle pas par une vague d'embauches ? La Dares rappelle que le recrutement n'est qu'un des moyens de satisfaire à l'OETH. Les entreprises peuvent aussi maintenir dans l'emploi des salariés qui obtiennent une reconnaissance de handicap, conclure un accord agréé, recourir à la sous-traitance auprès des entreprises adaptées ou des Esat, ou encore verser une contribution financière.
L'étude montre d'ailleurs qu'à partir de 2020, le nombre de travailleurs handicapés déjà présents dans les entreprises concernées augmente sensiblement, en particulier parmi les salariés en CDI. Les auteurs soulignent également que le relèvement progressif des contributions financières a pu atténuer l'incitation à recruter immédiatement.
La Dares appelle néanmoins à la prudence : son étude ne couvre que les personnes en situation de handicap passées par le dispositif ForCE. Les recrutements effectués hors du champ du service public de l’emploi restent donc invisibles. Une limite qui peut conduire à sous-estimer les embauches.
Ce constat résonne avec le dernier bilan de l’Agefiph qui déclare dans son communiqué publié du 24 juin 2026 « Les lignes bougent, mais trop lentement ». En 2025, 1,405 million des personnes porteuses d'un handicap occupent un emploi. Et quelques 18 809 contrats d’apprentissage ont été signés (+18 %). Mais les écarts restent marqués : le chômage atteint 11,5 %, toujours près du double de celui de l’ensemble des actifs. En cause selon l’association : la méconnaissance du handicap, les craintes liées aux handicaps invisibles ou psychiques, des difficultés d’adaptation des postes et un manque de structuration des démarches internes.
>>> Retrouvez le rapport complet L’obligation d’emploi des travailleurs handicapés favorise-t-elle l’embauche des personnes en situation de handicap ? <<<


