"Sous le seuil de pauvreté", les AESH descendent dans la rue

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« Le seuil de pauvreté est fixé à 1 288 €. Nos collègues sont en dessous, même lorsqu’elles cumulent plusieurs emplois », rappelle Magalie Trarieux, enseignante et déléguée syndicale FSU-SNUipp 94. 

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Fonctionnarisation partielle, précarité persistante : les AESH (accompagnants d’élèves en situation de handicap) montent au créneau. À l’appel de plusieurs organisations syndicales, une journée nationale de grève est prévue ce mardi 9 juin 2026. 

Ils sont près de 150 000 à accompagner chaque jour les élèves en situation de handicap dans les écoles, collèges et lycées. Et la réflexion engagée par le ministère de l’Éducation nationale sur leur avenir a provoqué un vif rejet. En effet, le 20 mai 2026, lors d’un premier groupe de travail consacré aux AESH, les organisations syndicales ont découvert les premières pistes inspirées du rapport conjoint de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR).

Parmi elles, figure la création d’une nouvelle fonction d’« assistant d’accessibilité », qui pourrait ouvrir l’accès à un statut de fonctionnaire pour seulement 10 % à 20 % des AESH. Les autres resteraient contractuels. Une perspective unanimement rejetée par les syndicats, et qui cristallise les tensions. « C’est une mesure ségrégative, fustige Magalie Trarieux, enseignante et déléguée syndicale FSU-SNUipp 94. Nous revendiquons la fonctionnarisation de tous les AESH. » « 20 % seulement fonctionnarisés, c’est ridicule ! Selon quels critères ? C’est injuste et discriminatoire », estime Fathia Chargui, AESH depuis 2009 dans le Val-de-Marne et déléguée syndicale FSU-SNUipp 94.

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Une école inclusive sous tension

Et ce, malgré « un système sous pression », comme le rappelle le rapport Igas-IGESR. Ainsi, alors que près de 497 000 élèves en situation de handicap étaient scolarisés en milieu ordinaire à la rentrée 2024 – soit trois fois plus qu’en 2006 –, près de 50 000 d'entre eux restaient sans AESH à la rentrée 2025.

C’est donc sans surprise que, sur le terrain, ces professionnels dénoncent une dégradation continue de leurs conditions de travail. « On a de 5 à 12 élèves à accompagner. Parfois, on n’a même pas une table pour travailler à côté d’un enfant. La plupart du temps, on court derrière des élèves qui s’échappent de la classe ou de l’école », témoigne Fathia Chargui.

Le rapport souligne lui aussi la forte charge émotionnelle du métier, l'exposition aux violences et la multiplication des tâches. Certains AESH interrogés évoquent jusqu’à 18 emplois du temps différents au cours d’une même année scolaire. « Certains collègues n’en peuvent plus et démissionnent », abonde Fathia Chargui.

« On tient des collègues à bout de bras, confirme Magalie Trarieux. Burn-out, alertes suicides, accompagnement en urgence vers les psychologues du travail : on fait de l’urgence, pas de la prévention. »

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«Mobilier scolaire»

La question salariale reste au centre de la mobilisation. Selon le rapport, le salaire net moyen d’un AESH s’élève à 1 030 € par mois, pour une quotité moyenne de travail de 63 %. Et près de 98 % exercent à temps incomplet.

« Je suis à l’échelon 5, AESH depuis 2009, et je gagne 1 007 € net, détaille Fathia Chargui. C’est en dessous du seuil de pauvreté. » Pour vivre, elle cumule plusieurs activités. « Je travaille comme AESH 24 heures par semaine, je fais aussi de l’animation sur le temps de cantine et des études surveillées, et je travaille le mercredi en centre de loisirs. Sans ça, je ne peux pas joindre les deux bouts. » Magalie Trarieux le rappelle : « Le seuil de pauvreté est fixé à 1 288 €. Nos collègues sont en dessous, même lorsqu’elles cumulent plusieurs emplois. »

Pour les deux syndicalistes, cette précarité traduit un manque de reconnaissance chronique. « Les AESH sont payés sur le budget des tables et des chaises. On fait partie du mobilier scolaire », dénoncent-t-elles.

Lignes de fracture

Autre sujet de colère : les pôles inclusifs d’accompagnement localisé (Pial), devenus depuis plusieurs années l’outil principal de mutualisation des accompagnements. Ainsi, selon le rapport, 62 % des notifications d’aide humaine en relèvent désormais. Une mutualisation devenue, selon Magalie Trarieux, « le symbole de l’échec de l’école inclusive ». « Avant, je faisais de l’accompagnement individuel auprès de chaque élève, explique Fathia Chargui. Aujourd’hui, une AESH peut être répartie entre plusieurs enfants. Un élève notifié pour 24 heures d’accompagnement peut n’avoir que deux heures par jour. On doit parfois laisser un enfant pour aller en aider un autre. »

Les syndicats réclament également une revalorisation salariale, une véritable politique de formation, l’abandon des logiques de mutualisation et une meilleure intégration des AESH au sein des équipes éducatives. « Sans AESH, il n’y a pas de classe, pas d’inclusion », défend Fathia Chargui.

Pour les personnels mobilisés, le débat dépasse désormais la seule question statutaire. « Ce qu’on demande ? La dignité. Tant que les AESH ne seront pas traités dignement, c'est tout le système éducatif qui sera fragilisé : élèves, parents d’élèves, AESH et professeurs », conclut Magalie Trarieux.

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