Près d'un ESMS sur cinq contraint de violer la réglementation sur le temps de travail pour maintenir son niveau de service

Métiers et formations

Le recrutement d'un poste sur deux d'aide à domicile ou d'auxiliaire de vie est jugé difficile par les employeurs.

Crédit photo Snowstudio - stock.adobe.com

La crise RH que traversent les établissements et services sanitaires, sociaux et médico-sociaux s'aggrave. Pour pallier le manque de personnels, une structure sur deux doit réduire la voilure de ses prestations aux usagers.

Faute de personnel en nombre suffisant, le système français d'accompagnement des plus fragiles commence à sérieusement se fissurer. Confrontés aux difficultés de recrutement, à un fort taux de turn-over au sein des équipes ou à un absentéisme croissant, les établissements et services sanitaires, sociaux et médico-sociaux se voient de plus en plus contraints de réduire la voilure comme le confirme une étude publiée fin mai par la plateforme RH Staff & Go.

Crise RH

Sur les premiers mois de l'année 2026, près d'une structure sur deux (48%) a ainsi dû refuser, annuler ou reporter une prestation auprès d'un bénéficiaire. Et plus d'une sur quatre (41%) a carrément dû refuser d'assurer cette prestation, faute de main d'oeuvre. 32% des structures du domicile ont été contraintes de réduire la fréquence des visites chez les personnes accompagnées et 24% des établissements et services interrompre temporairement une activité.

>>> A lire aussi : Secteur social : les syndicats appellent à la mobilisation à partir du 26 mai

Pire : 16% confessent que la poursuite du service a exigé quelques entorses à la législation sur le temps de travail. « Quand des aides-soignantes enchaînent les amplitudes au-delà du légal pour qu'un Ehpad reste ouvert, quand des aides à domicile dépassent les durées maximales pour que personne ne reste sans visite, la crise RH ne se mesure plus en postes vacants, mais en règles qu'on ne peut plus tenir », estiment les équipes de Staff & Go.

Plus tenable

A terme, cependant, ce système n'est pas tenable. Si près d'une structure sur trois (29%) avoue avoir déjà dû réduire ses activités, elles sont 15% à anticiper devoir le faire dans moins d'un an, 27% dans les trois ans à venir et 17% à une échéance de cinq ans. Seules 12% se jugent suffisamment capées pour remplir leurs missions sans obligation de revoir son activité à la baisse pour tenir le choc.

>>> A lire également : La santé mentale des professionnels du social en constante dégradation

Dans les structures qui manquent déjà de personnel, le recrutement devient lui aussi de plus en plus compliqué. 86% d'entre elles indiquent ainsi avoir dû laisser un poste vacant plus de trois mois. « La vacance s'installe et devient une norme de fonctionnement par défaut », alertent les auteurs de l'enquête. Mais même lorsque des embauches sont à l'agenda, trouver les profils adéquats devient de plus en plus difficile pour les recruteurs : 36% des postes à pourvoir mettent entre trois et quatre mois à trouver preneurs et 21% plus de six mois.

Aides à domicile et auxiliaires de vie constituent les profils les plus durs à recruter, selon près de la moitié des structures employeuses interrogées. Suivent les aides-soignants (43% de recrutements difficiles), les infirmiers (38%), les éducateurs spécialisés (36%), les professionnels de crèches (34%) et les auxiliaires de puériculture (31%). L'embauche de professionnels exercant de nuit pose par ailleurs problème dans 29% des processus de recrutement. Les postes de cadres intermédiaires ne sont pas davantage épargnés. avec 27% des recrutements à ces fonctions qui sont jugés problématiques.

>>> A lire aussi : Professions du social : le taux de féminisation frôlait les 90 % en 2024

Perte du sens

Conséquence indirecte : le temps que les professionnels consacrent au soin ou à l'accompagnement se réduit au profit des tâches administratives. Plus d'un salarié sur quatre (42%) calcule que celles-ci représentent de 20 à 40% de son temps de travail et 18% qu'elle dépasse le plafond des 40%. Et ces heures consacrées au reporting pèse sur l'efficacité des salariés dans leurs missions essentielles. Ils sont ainsi 31% à estimer devoir négliger « plusieurs fois par semaine » les personnes qu'ils sont tenus d'accompagner. 13% pensent même que cela nuit quotidiennement à leur travail auprès des bénéficiaires.

Plus dur encore : 58% des professionnels indiquent avoir dû informer les familles des personnes accompagnées d'une dégradation de la prise en charge de leurs proches au moins quatre fois dans l'année. 15% précisent même avoir dû le faire une dizaine de fois sur la même période.

Ce sentiment d'impuissance vient renforcer le désintérêt d'un nombre croissant de professionnels pour des métiers qu'ils sont près de 46% à envisager de quitter (contre 27% qui avouent y songer régulièrement). Face à cette perte générale de sens, ils ne seraient d'ailleurs que 10% à conseiller sans réserve à un nouveau venu de s'y lancer. C'est presque autant (11%) que la proportion de ceux qui n'encourageraient « surtout pas » les jeunes générations à entrer dans la carrière.